Le marché des produits périmés
[Regionales]
2006-02-23
Short StoryDes centaines de produits de provenance douteuse et quelquefois sans indications sur cette provenance, sont vendus chaque jour dans ce marché de Casablanca. Les autorités ne semblent pas s’y intéresser. Pourtant, il s’agit d’une véritable poudrière pouvant donner lieu aux plus graves cas d’intoxication que le Maroc n’ait jamais connus
Full StoryJOUR de souk à la Kissariat El Haffari. Il est 11 heures ce samedi d’hiver. La rue est prise d’assaut depuis les premières heures de la matinée. Des dizaines de boutiques, des centaines de vendeurs ambulants et des milliers de clients défileront entre les étalages du matin au soir. A l’intérieur du souk, tout se vend et tout s’achète. Tissus et produits de beauté, détergents et savons de toutes sortes côtoient malheureusement les produits alimentaires vendus quelquefois à même le sol. La particularité de ce grand souk est sans doute le niveau très bas des prix. Situé en plein cœur du vieux quartier de Derb Sultan, non loin de la fameuse gare routière, le Garage Allal, le marché est surtout destiné aux consommateurs à faible pouvoir d’achat. Les chocolats de marque qui se vendraient à 5 dirhams l’unité dans d’autres points de vente à Casablanca, ne coûtent ici qu’un dirham et avec un peu de chance 50 centimes suffiront pour en déguster. Mais bien souvent, ces produits portent des noms destinés à tromper le consommateur, tant la ressemblance est énorme avec les marques bien connues. A la place de Nido, le nom Nibo, écrit dans des caractères très similaires à la marque de lait en poudre, suffira pour tromper la vigilance. Alors que les chocolats Kit Kat deviennent Kat Kat, dans des couleurs vives relativement différentes, mais pour la plupart des consommateurs qui viennent faire le marché ici, cela ne fait pas une grande différence. La liste est longue et touche surtout les produits alimentaires contrefaits. Quand ces produits ne sont pas de vulgaires copies, ce sont leurs dates de péremption qui posent problème. En effet, dans le meilleur des cas, on est à un mois de la date limite de consommation autorisée.

L’argumentaire de Mustapha

On aurait dit Derb Ghallef, le plus grand marché de puces du Maroc, à une différence près. Ici, tout ce qui est vendu sort des usines, non pas marocaines mais étrangères. Et la plupart provient de lots d’invendus. Pour les tissus, cela ne pose aucun problème de savoir qu’ils ont été produits depuis des années avant d’atterrir à cet endroit, sur le plus long boulevard de Casablanca. Mais pour les produits chimiques à usage ménager ou encore pour la nourriture, la date de production est un élément crucial. Or, il n’est pas rare de trouver des produits déjà périmés. Les seuls cas où on ne peut pas affirmer que les produits sont périmés et donc impropres à la consommation, c’est lorsqu’ils ne portent ni date limite de consommation ni celle de préférence de consommation (comme pour les biscuits). Pendant deux heures de visite et de tournée, allant de table en table, il n’a pas été possible de trouver un seul produit dont la date limite soit au-delà de 2006. Mais pour ces vendeurs, il ne fait aucun doute que la santé des Marocains est beaucoup plus solide que celle des Européens. "Un Français mourrait en consommant ces produits, mais les Marocains ont la peau dure", explique Mustapha qui vend ses produits sur une table, en souriant sans gêne. "D’ailleurs, tout le monde en consomme, mais personne n’est jamais tombé malade", ajoute-t-il. Bien entendu, il ne peut rien en savoir. Puis il soutient que les Européens prennent beaucoup de précautions en mentionnant une date de péremption toujours en deçà de la date limite réelle. Apparemment, ce n’est pas la première fois que Mustapha fait face à un client sceptique, tant son discours est rodé. C’est sans doute la preuve que ces commerçants savent bien qu’ils sont dans l’illégalité.

Un gigantesque réseau de distribution

Bien entendu, le docteur Abderrazak El Kadioui, endocrinologue, ne partage absolument pas cet avis. Selon lui, "les produits alimentaires peuvent comporter des produits dont la structure chimique évolue surtout au-delà de la date de péremption". "Cela ne veut pas dire qu’on en mourrait immédiatement en les consommant, mais les effets à long terme sont soit inconnus soit nuisibles", ajoute-t-il. Et dans les deux cas, mieux vaut s’en préserver. Aujourd’hui en tout cas, Souk Al Chamal, fonctionne comme l’incontournable maillon d’un gigantesque réseau de distribution. En effet, les produits viennent surtout d’Oujda, d’après les commerçants interrogés. Et tout le monde sait que dans cette ville, il n’y a pas d’usine capable de fournir autant de produits. D’ailleurs la provenance y serait mentionnée. Donc, l’explication c’est qu’ils viennent d’Algérie. Mais, là encore, il ne s’agit que d’une étape qui contribue davantage à brouiller les pistes. L’agroalimentaire n’est sans doute pas le point fort du voisin oriental du Maroc. En réalité, ces produits viennent des pays asiatiques et de la Turquie, passée maître dans l’art de la confiserie et de la chocolaterie bon marché. Ils transitent ensuite par l’Algérie pour être débarqués à Oujda qui est le fief des contrebandiers de toutes sortes. La destination suivante n’est autre que Casablanca, notamment dans ce marché qui a toujours été celui de la contrebande.

Que font les autorités 
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Sourcelereporter.ma
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visualisée 99 fois , ajoutée le 2006-02-23 par Admin