Ce qu’ils pensent d’une éventuelle attaque américaine contre l’Iran
[Regionales]
2006-02-23
Short StoryAnis Balafrej, ingénieur et militant associatif

DANS les circonstances actuelles, une attaque américaine contre l’Iran serait une fuite en avant, aux conséquences dévastatrices pour la région et le monde entier. Le chaos règne en Irak. La résistance populaire armée contre l’occupation ne faiblit pas, malgré toute la terreur déployée par les troupes américaines et britanniques, auxquelles s’ajoutent les mercenaires à leur solde et les « escadrons de la mort ». Les néo-conservateurs, architectes de ce chaos, épaulés par les évangélistes, avaient pourtant prédit une « simple promenade » en Irak ; après la « conquête » de l’Irak, il suffirait, d’après eux, de se tourner vers la Syrie et l’Iran et leur dire « vous êtes les suivants », pour qu’ils tombent... La région serait ainsi débarrassée de « l’axe du mal » et une nouvelle ère commencerait pour les Etats-Unis et Israël... Après trois ans, cette vision, pour le moins simpliste, a fait long feu, mais ses stratèges sont toujours aux commandes. Le dossier nucléaire offre aux Etats-Unis, ou à son allié Israël, le prétexte pour lancer une attaque contre l’Iran. Prétexte, car la question de l’enrichissement de l’uranium en Iran ne date pas d’aujourd’hui.
Full Story’Iran avait signé le traité de non prolifération nucléaire et s’était engagé à utiliser le nucléaire à des fins civils. Le timing et la mobilisation médiatique rappellent étrangement la période qui avait précédé l’attaque de l’Irak : on sort le dossier, on demande à l’AIEA de se prononcer, on le soumet au Conseil de Sécurité, on essaye de rameuter le plus de pays possibles, pendant que l’on prépare l’agression militaire. Mais la fuite en avant, c’est la politique du pire. Attaquer l’Iran c’est élargir et radicaliser la mobilisation contre les Etats-Unis et Israël, c’est ouvrir un nouveau front contigu à l’Irak. Pendant que la Palestine est dévorée par les colonies, le mur, les prisons et les bulldozers, ses enfants assassinés et ghettoïsés, pendant qu’Israël viole toutes les lois internationales, détient les armes nucléaires et n’a jamais signé de traité de non prolifération, une agression contre l’Iran ne peut qu’exacerber les sentiments d’injustice et de révolte dans les mondes arabe et musulman, avec ses conséquences incalculables.

Amine Rgala, porte-parole d’Al Badil Al Hadari

Je pense qu’il faut déjà commencer par rappeler que la doctrine nucléaire des Etats-Unis a changé juste après la fin de la guerre froide pour passer d’une doctrine de dissuasion d’une autre force nucléaire, en l’occurrence l’URSS, à une doctrine de guerre préventive. En 1994, la Nuclear Posture Review traça les grands traits de cette doctrine que concrétisa la Presidential Decision Directive 60 signée en novembre 1997 par Bill Clinton. Cette directive permet aux USA l’utilisation des armes nucléaires en cas d’attaque chimique ou bactériologique. En 2002, le pentagone, dans un rapport publié dans le Los Angeles Times, prévoit l’utilisation des armes nucléaires contre sept pays qui sont la Chine, la Russie, l’Irak, la Corée du Nord, l’Iran, la Libye et la Syrie. Le rapport explique que le recours aux armes nucléaires doit être envisagé dans un conflit arabo-israélien, dans une guerre entre la Chine et Taiwan, dans une attaque de la Corée du Nord contre la Corée du Sud, dans le cas d’une attaque de l’Irak contre Israël ou contre un autre pays voisin. Pour cela, les Etats-Unis ont mis une nouvelle génération d’armes nucléaires à faible puissance dont le but est de percer les bunkers où se cacheraient les missiles ou les commandements ennemis. Cette politique des Etats-Unis se fait en concert avec celle de l’Etat hébreu, ce dernier monopolise l’arme nucléaire au Moyen-Orient, et menace tous ses voisins. C’est pour cela qu’il est considéré par l’opinion européenne comme une menace prioritaire pour la paix, opinion appuyée par un sondage CNN où 62% des gens sondés considèrent que le programme nucléaire israélien crée plus d’instabilité en promouvant une course régionale aux armements. Si l’Iran arrive à avoir sa propre bombe nucléaire, ceci ne constitue pas en lui-même un danger, mais une telle possession changera la donne au Moyen Orient et permettra un nouvel équilibre stratégique avec l’Etat hébreu, ce que cherchent à éviter à tout prix les Etats-Unis, l’Europe et Israël. Une attaque américaine ou israélienne contre l’Iran n’est pas exclue. Aurai-je à rappeler que les Etats-Unis sont le seul pays qui a usé de l’arme nucléaire ? Devrai-je rappeler que c’était contre le Japon à la fin de la seconde guerre mondiale ?

Azzeddine Akesbi, Secrétaire Général de Transparency Maroc

Il m’est difficile de me prononcer sur un événement hypothétique. Cependant, au niveau du principe, comme dans le cas de l’Irak, les attaques de pays souverains en dehors de la légalité internationale sont condamnables.
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Sourcelereporter.ma
pays
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visualisée 67 fois , ajoutée le 2006-02-23 par Admin