Abdelkader Ratnani, président directeur général d'Eddif
2006-02-20
Short Story"Les éditeurs ne peuvent pas sortir tous les manuscrits retenus"
“Libé”: Quel est l'état des lieux de l'édition au Maroc?
Abdelkader Ratnani: L'édition au Maroc a pris un essor depuis 1987 à l'occasion du 1er Salon de l'édition qui a eu lieu à Casablanca avec l’implantation de quelques nouvelles maisons d'édition. C'est en quelque sorte l'évolution de l'édition du livre au Maroc qui reste encore très limitée. Malgré cela, nous constatons qu'elle en constante évolution à travers les publications des éditeurs marocains. A titre d'exemple, nous ne produisons pas beaucoup mais nous produisons cinq fois plus qu'il y a 20 ans. Toutes productions confondues, scolaire, roman, essai, tournent autour de 1000 titres par an, ce qui n'est pas beaucoup pour un pays de 30 millions d'habitants, mais il faut rester optimiste en disant qu'il y a une progression, de 7 à 10% par an. L'apport du 12ème Salon est positif grâce à la visite de Sa Majesté le Roi qui a inauguré en personne le Salon en donnant un certain élan au livre.
Full StoryLe livre produit au Maroc, répond-il aux besoins du marché local?
Evidemment, parce qu'un éditeur professionnel ne peut pas sortir n'importe quoi. Il reçoit des manuscrits, les sélectionne et édite les livres qui ont une utilité pour le marché marocain. C'est sur la base d'une étude de marché que l'éditeur accepte ou refuse d'éditer un livre. Il y a une étude professionnelle qui se fait et les livres que nous sortons répondent aux besoins du lectorat.
Mais les ventes ne confirment pas votre analyse.
Effectivement, les ventes ne confirment pas cela du fait que les Marocains ne lisent pas tous. Il y a, cependant, une évolution: un livre qui sort à 10.000 exemplaires, même s'il répond aux besoins du public, exige pratiquement 2 à 3 ans pour son écoulement. Et c'est le problème du livre au Maroc parce qu'il y a peu de librairies.
Y a-t-il une entente entre les éditeurs marocains?
Oui, il n'y a pas de problèmes dans la mesure où nous sommes même complémentaires. Chacun a des thèmes sur lesquels il travaille et nous ne sommes pas nombreux, mais il y a une complémentarité. Le marché national compte une quarantaine de maisons d'édition qui s'occupent du livre scolaire et une quinzaine dans le livre littéraire.
Que pensez-vous de la co-édition entre les professionnels marocains et français?
Il y en a très peu parce que l'éditeur n'est pas intéressé de travailler avec un éditeur marocain vu le peu de tirage à faire. Il y a quelques exceptions. A titre d'exemple, j'ai fait plusieurs co-éditions avec les Français, mais sur le marché français, le seul gain, c'est que mon nom circule sur 1000 exemplaires. Mais de manière générale, les Français sont très frileux pour faire de la co-édition.
Quelles sont les forces et les faiblesses de la co-édition au Maroc?
D'abord, il y a un problème d'ordre financier. Un livre, vous le payez à 90 jours à l'imprimerie et vous l'encaissez pratiquement à cinq, voire six mois. De ce fait, il y a là un grand déséquilibre, et les éditeurs ne peuvent pas sortir tous les manuscrits retenus. Lorsqu'il y aura un effort des autorités publiques pour soutenir le livre, je pense que ça ira mieux et j'insiste encore sur le problème des librairies. Il n'y a pas beaucoup de librairies au Royaume. Les principales contraintes sont donc le manque de communication, le problème de financement et celui de diffusion à travers le pays. Ainsi, quand un livre passe à la télévision, il devient vendeur à plus de 2000 exemplaires. De ce fait, les chaînes de télévision publiques doivent s'intéresser au livre, ce qui n'est pas encore le cas.
La qualité du livre édité n'est pas aussi un indicateur à prendre en considération?
Je vous donne un exemple: il y a 44.000 titres qui sortent en France et il y en a une douzaine de connus et de grande qualité. En ce qui nous concerne, notre production est limitée parce que notre lectorat est faible et plus on publie, plus on trouve de la qualité et qui peut être la locomotive du reste; c'est une équation facile à vérifier.
Quelles sont les contraintes de la fabrication du livre au Maroc?
Sur le plan technique, les imprimeurs sont compétitifs, les délais sont corrects mais un peu plus longs. Au Maroc, les livres peuvent être publiés dans quatre semaines; en Europe, il faut juste une semaine. Autrement dit, c'est une contre-performance technique mais on s'améliore. Les machines sont allemandes ou japonaises comme en France et en Europe en général.
Et les perspectives?
Je suis optimiste, je dis qu'il y a une évolution, avec davantage de public; on avance lentement mais sûrement. Pour aller plus vite, il faut impérativement le concours des collectivités locales car nous en avons 1600. Si elles peuvent nous acheter l’équivalent de 5000 dh par an, on aura réglé les problèmes de l'édition au Maroc. Cela va donner un grand élan à la fabrication du livre et on aura des dizaines d'exemplaires dans toutes les bibliothèques. Il faut aussi que le ministère de l'Education nationale initie deux ou trois auteurs marocains dans son programme scolaire. C'est notamment le cas du ministère de la Culture qui subventionne une cinquantaine de titres par an.
Que pensez-vous de la concurrence de l'édition parallèle?
Je ne l'appellerais pas édition clandestine mais ce sont seulement des livres à compte d'auteurs: un auteur un peu fortuné qui désire sortir un livre et qui n'a pas de nom. Ce sont des gens qui ont besoin d'une sorte de carte visite mais les libraires ne les achètent pas car ils ne portent pas de noms d'éditeurs. Mais c'est limité, il y a environ 400 titres seulement qui circulent sur le marché local sans rendre le moindre service à l'édition marocaine. Ces ouvrages sont dénués de tout professionnalisme, n'ont pas de charte graphique et sont mal imprimés.
La commercialisation et la diffusion du livre à l'intérieur du Maroc posent-elles des difficultés?
Elles posent beaucoup de problèmes. Nous avons un grand diffuseur de presse écrite et de livres qui veut faire un travail de terrain, mais c'
Image 1
Sourceliberation.press.ma
pays
visualisée 178 fois , ajoutée le 2006-02-20 par Admin